4 avril 22

463. L’expérience que vit la narratrice installe un nouveau rapport au monde : sortie du temps technique, celui mesuré par des horloges (montre perdue, réveil qui va tomber en panne), et adoption du « temps des corneilles », en accord avec les saisons. Sortie du temps aussi bien : Mais si le temps n’existe que dans ma tête, et si je suis le dernier être humain, il finira avec moi. Cette pensée me rend joyeuse. Il est peut-être en mon pouvoir de tuer le temps. (p. 277) La lecture du roman est une expérience temporelle singulière. De rares jalons temporels (quelques dates, et surtout la succession des saisons), et la flux ininterrompu d’une narration qu’aucun chapitre ne découpe. Coulée fluide, parfois onirique, où la conscience qui raconte se dilue dans la répétition des tâches agricoles, ou dans l’épisode de la maladie. Une grande attention portée aux rapports qu’elle entretient avec la nature, avec les animaux. Et à la fois une présence toujours incarnée, attachante, qui sort du temps des hommes, dans une solitude acceptée, tempérée par la présence des animaux. Sortie partielle du reste, car la mémoire est ce qui la relie irréductiblement à l’humanité, et non au règne animal et végétal dont elle se rapproche souvent. L’avenir ? Le souvenir, le deuil et la peur existeront tant que je vivrai et aussi le dur labeur.

464. Le récit s’arrête au terme de deux années et demi racontées, faute de papier (la fin du récit est justifiée par une contrainte extérieure vraisemblable). Mais qui a retrouvé ce récit ? L’artifice littéraire cesse, mais l’enchantement subsiste comme un charme qui continue d’agir, le livre refermé.