7 nov 21

atome de carbone

252. Lancement hier de la sentimenthèque sonore. Elle reprendra la sentimenthèque écrite publiée sur le TL. J’enrichirai régulièrement. Enfin, c’est l’intention. Pour l’occasion, utilisation de mon nouveau micro Zoom H1n. J’abandonne vite le logiciel fourni avec le micro, au profit de l’excellent libre et gratuit Audacity, je sonorise et mixe, et mets en ligne dans la foulée. Le problème est d’utiliser des musiques libres de droits.

253. Reçu un livre que j’avais lu vers 2007, Le sarcophage, Projet pour un musée de l’avenir (Dargaud, 2000), Collection Les correspondances de Pierre Christin, avec Enki Bilal. Bouquin génial qui interroge Tchernobyl et la muséologie. J’y reviendrai, c’est pour le projet k infini. Trouvé aux puces Une histoire de la science-fiction de 1901 à 2000, de Jacques Sadoul, chez Librio.

254. Primo Levi, Le système périodique, fin (13)

Dernier des 21 chapitres, retour à l’élément primordial, « Carbone ». Texte annoncé (mais je n’ai pas noté dans quel chapitre précédent) : il s’agit de l’aventure d’une molécule de carbone. Primo Levi précise en tête du chapitre le propos son livre : Le lecteur, parvenu à cet endroit, se sera aperçu depuis un bon moment que ce livre n’est pas un manuel de chimie : ma présomption ne va pas aussi loin (…) ce n’est même pas une autobiographie, sinon dans les limites partielles et symboliques où tout écrit, plus, toute œuvre humaine, est autobiographique, mais, d’une certaine façon, c’est bien une histoire. C’est, ou cela aurait voulu être, une microhistoire, l’histoire d’un métier et de ses défaites, victoires et misères, telle que chacun désire la raconter lorsqu’il sent près de se terminer le cours de sa propre carrière, et que l’art cesse d’être long. Arrivé ce moment de la vie, quel chimiste, devant le tableau du système périodique (…) ne retrouve, épars, les tristes lambeaux, ou les trophées, de son propre passé professionnel ? (…)

C’est donc ainsi que chaque élément dit quelque chose à quelqu’un (une chose différente à chacun) comme les vallées et les plages visitées au temps de la jeunesse; on doit peut-être faire une exception pour le carbone, parce qu’il dit tout à tous, ce qui signifie qu’il n’est pas spécifique…

Histoire militante d’un chimiste, qui va survivre pour témoigner, puis devenir écrivain. Vision pessimiste que celle du tableau périodique en trophée du passé professionnel. Pourtant, la portée de ce livre dépasse celle d’une vie professionnelle. Les éléments chimiques évoqués sont autant de points d’ancrage grâce auxquels Levi raconte la généalogie juive de ses aïeux, et des évènements marquants. Microhistoire certes, comme l’est toute histoire, pour ambitieuse qu’elle soit. Tension particulière ici entre justement ce qui échappe (tout ce qui advient à l’humanité et qui humainement ne peut être raconté, le livre impossible) et la volonté malgré tout de l’enserrer en un cadre, même métaphorique : celui du système périodique des éléments. Le lecteur est emporté des ancêtres juifs à la vie d’un atome de carbone, brique élémentaire de la création, qui invite à voir ce livre comme une anthropogenèse, et qui trouve sa résolution littéraire dans le point final de l’auteur.

source Wikipédia

Je veux lire aussi l’adjectif « périodique » dans un sens non univoque : « qui se produit à intervalles réguliers » (c’est la succession des 21 chapitres du livre) ; et « qui désigne un mode de classement des éléments, en fonction des valeurs croissantes de leur numéro atomique, et mettant en évidence une variation périodique des propriétés physiques et chimiques de ces éléments ainsi classés ». Il se trouve, vérification faite, que Levi ne suit pas l’ordre des numéros atomiques des éléments. L’ordre qu’il a suivi ne ressortit donc pas à la rigueur scientifique, mais bien à la liberté de l’écrivain, qui dispose des éléments à sa guise, comme les briques nécessaires à la genèse de sa propre histoire.

Mais constat pessimiste encore de Levi qui écrit, à la dernière page de « Carbone » : [je sais] depuis le commencement que [m]on sujet est sans espoir, [m]es moyens faibles, et le métier d’habiller les faits avec des mots, condamné par sa nature même à l’échec.

Humilité de l’écrivain, peut-être ; mais Levi souligne ici que les mots faillent à dire, et qu’écrire, c’est toujours rater son objet.