13 nov 21

265. J’avais émis bien des réserves, ou beaucoup investi dans ce déplacement à Toulouse pour fouiller les archives familiales existantes. L’émotion est à la mesure de cette attente. Ma mère a retrouvé des photographies. Je reviens avec une quinzaine de clichés en noir et blanc où figure mon père à différentes périodes…Profondément remué de le retrouver, d’autant plus que j’ai initié ce projet d’écriture. Ces quinze photos attendent maintenant une nouvelle révélation. Certaines photos sont annotées au verso : lieu et date ! J’ai repris mes fouilles dans un classeur métallique, que j’avais déjà examiné lors de ma visite précédente. Autre coup de chance : je retrouve 1/ le livret individuel de réserviste de l’armée de mer. Enfin, enfin, l’information que je désespérais de trouver : mon père a été affecté au DMBEO (Détachement Marine du Barrage Electrifié de l’Ouest) du 17/7/61 au 11/7/62 ! Tout est clairement noté, mon père a rajouté de sa main la signification de DMBEO. 11 mis et 24 jours en Algérie, qui ont réussi à la traumatiser à vie. Je le pensais affecté à l’est, à la frontière algéro-tunisienne : mais c’est à l’ouest qu’il était. Renversement géographique. Voilà des informations claires… j’ai fait un grand pas en avant dans la réinvention de son passé. 2/ une attestation format A4 en noir et blanc, émanant de la 3eme région militaire de la marine nationale, service de la solde de Toulon (où je lis «  dates limites des conflits : Algérie, 31-10-54 – 02-07-62 ; service accompli du 20/07/61 au 06/07/62 : enfin les dates exactes de son engagement en Algérie, qui diffèrent légèrement de celles consignées sur le livret de réserviste), 3/ une reconnaissance grand format aux couleurs du drapeau français émise par l’Office national des Anciens combattants et victimes de guerre, à Lille, 23 avril 1970, 4/ une petite boîte de plastique jaune Kodak, où mon père a écrit au marqueur à deux endroits (sur le couvercle et sur la boîte) « Algérie ». Je regarde rapidement quelques diapos parmi les 24 que compte la boîte : des paysages, des photos de groupe, des photos d’un homme seul. J’ai emporté le projecteur diapo pour les regarder, en espérant qu’il fonctionne encore, après avoir été remisé plusieurs décades dans un placard.

266. Une activité bénévole de mon père m’a longtemps impressionné : le don du sang. Il se levait tôt, aidait à préparer l’accueil des donneurs à la salle des fêtes (fauteuils, potences, logistique, etc.), donnait son sang, s’occupait, avec ma mère, de secrétariat (taper et envoyer les courriers : demande d’autorisation à la mairie pour des annonces avec haut-parleur en voiture, etc.) et de la restauration des donneurs. J’ai eu l’occasion de donner mon sang (la douleur au piquage correspondait pour moi à la taille de l’aiguille : je n’en admirai mon père que davantage. Il était « dur à la peine », peine -travail et peine-douleur). J’ai rapporté des diplômes reconnaissant son mérite, car il a donné pendant très longtemps. Mon frère me disait un jour que cette activité généreuse pouvait être en rapport avec son passé militaire. J’en ai l’intime conviction : sans doute a-t-il vu mourir des camarades faute de sang ? Une réparation symbolique de tout le sang versé ? Don du sang, don de soi.

267. Je vais tenter de suivre la piste des anciens combattants, pour en savoir plus sur cette année passée en Algérie.

268. ABSENCE DE BAU : panneau de signalisation provisoire aperçu entre Narbonne et Toulouse. Je m’amuse de l’homonymie avec le Beau, tout en cherchant ce que peut bien signifier « bau » : un terme technique d’ingénierie des Ponts et Chaussées ? Non, un bau est une pièce de construction navale, une traverse entre les deux parois de la coque d’un navire. Un bau n’a pas sa place sur l’autoroute. J’aurai la réponse au retour : ABSENCE DE B.A.U, c’est-à-dire « bande d’arrêt d’urgence ». Je préférais la première version, économe des points entre les lettres, qui renvoyait à une catégorie platonicienne – j’ai regardé la campagne audoise, point laide du tout. Ou la pièce du navire. Les ingénieurs autoroutiers manquent-ils de poésie ?