De la littérature comme un art nucléaire : #1|Protocole Gerboises

Mis en ligne le 15 mai 2022 sur D-FICTION

©D-Fiction

Voici le premier texte d’un projet au long cours, accueilli par Caroline Hoctan sur la plateforme D-FICTION.

En voici ma note d’intention :

Le Projet K ∞ vise à explorer des imaginaires littéraires et iconiques nucléaires, sur le modèle d’un réacteur à fission nucléaire.

Au sein d’une plateforme numérique dédiée à la fiction, D-Fiction, il s’agit de parvenir à une masse critique de signes par leur mise en ligne exponentielle touchant à l’∞. La dimension dynamique des liens hypertextes utilisés et la dimension réticulaire du réseau Internet sont retenues comme la meilleure approximation du modèle de la fission nucléaire.

D-Fiction est le réacteur à fission/fiction ; la propagation réticulaire des informations, considérées comme énergie propre à toucher les lecteurs, s’apparente à la réaction en chaîne des isotopes au cœur du réacteur. L’énergie produite est autant la chaleur dégagée par les serveurs, les ordinateurs, les centrales nucléaires qui produisent l’électricité alimentant ce projet, que l’efficace attendue sur les lecteurs par leur exposition à un rayonnement qu’il conviendra d’observer.

La mise en ligne du combustible nucléaire sous forme de noyaux de sens, aussi appelés crayons radioactifs, s’accompagnera de l’élaboration d’un nouveau tableau périodique des éléments à même de rendre compte des découvertes, nourries des données observables disponibles. Ce tableau périodique sera enrichi à chaque étape de l’expérience.

Matériaux combustibles utilisés, puissance du réacteur D-F, éventuels dysfonctionnements, anomalies ou singularités, retours d’expériences des lecteurs exposés, seront consignés.

Il revient au lecteur-spectateur de lancer et d’entretenir la réaction en chaîne par la lecture, le visionnage, les commentaires, la réplication (partage, retweet…), le suivi des hyperliens.

4 mars 22

Günther Anders et sa femme Hannah Arendt

448. Au bord de l’abîme quand le Dr Folamour de Moscou s’empare de la centrale ukrainienne de Saporijia. Relire Günther Anders ; l’homme est un utopiste inversé, car il construit un monde qu’il ne peut plus se représenter, au lieu de rêver à un monde qu’il ne peut pas encore construire. Décalage prométhéen : l’homme n’a pas l’imagination nécessaire pour se représenter les effets du nucléaire qu’il a développé. Les dimensions de la catastrophe sont « surliminales » : trop grandes pour qu’on puisse se les représenter. Je me dis pourtant que Tchernobyl et Fukushima sont des catastrophes toujours présentes, toujours à l’œuvre, documentées scientifiquement, à même d’assurer leur représentabilité au moins imaginatif des hommes, mais cela ne semble pas être le cas.

449. Je ne relis guère les poinçons précédents, pensés pourtant à l’origine comme un carnet de notes. Ce qu’ils sont toujours, d’ailleurs. Je m’inquiète seulement de la direction tangentielle qu’ils prennent au regard du projet A., comme si je ne pouvais pour l’heure que m’en approcher : signe d’empêchement (encore). Peut-être attendre une hypothétique décantation. Ce qui en moi m’empêche ? alors que je continue d’écrire autre chose. Une sorte de brouillard qui occulte la vue de façon discontinue : tantôt je vois, tantôt je ne vois plus. Mais cela a soudain moins d’importance au regard de l’actualité (je suis aveugle, oublieux, quand ce n’est pas à ma porte que le malheur frappe ; l’effroi de la « guerre totale » menée par Poutine dessille les yeux). Pourtant, les liens sont là : le nucléaire militaire dans le Sahara algérien (« Gerboises »), Tchernobyl et Saporijia ; les hommes et femmes en guerre, la guerre coloniale (Algérie, Ukraine).

450. Je retravaille au « Projet K ∞ ». Exploration des imaginaires littéraires et iconiques sur le nucléaire. A voir s’il sera accepté par la revue qui m’a invité.

451. Blog de Michel Goya, La voie de l’épée, et son analyse (corrigée à la lumière des évènements) de l’offensive russe. Billet du 4 mars 22. Blog de Philippe Chapleau, Lignes de défense, où j’apprends le sabordage par l’Ukraine de son navire amiral Hetman Sahaidachny jeudi 3, et le détail des livraisons militaires de la part des pays qui soutiennent Kiev.