23 oct 21

213. Primo Levi, Le système périodique, suite (4).

§ « Zinc » est le 3e chapitre. Primo Levi évoque ses cours de chimie avec le professeur P., vieil homme sceptique et ironique, ennemi de toutes les rhétoriques (pour cela, et seulement pour cela, il était aussi antifasciste). Lors de travaux pratiques, Levi est amené à travailler sur le zinc, métal ennuyeux. Plusieurs remarques : Levi décline cet élément de façon linguistique (comme dans « Argon ») : Zinc, zinco, Zink. Soit en français, en italien en allemand. Le lien antifascisme-chimie-zinc est établi. Le jeune chimiste, devant la manipulation à accomplir, se sent un peu drôle, embarrassé et vaguement embêté, comme lorsqu’on a treize ans et qu’on doit aller à la synagogue réciter en hébreu devant le rabbin la prière de la Bar-Mitzva. Levi ajoute ici la dimension sacrée d’une prière juive initiatique, l’entrée dans la majorité religieuse – Levi précise bien « à 13 ans « . Il continue ainsi : L’heure du rendez-vous avec la Matière avait sonné, avec le grand antagoniste de l’Esprit : l’Hylê, qui, curieusement, se trouve embaumée dans les désinences des radicaux alchyle : méthyle, éthyle, etc. Dimension philosophique ici (Aristote, Plotin), voire hermétique : c’est la « matière du monde » selon Hermès Trismégiste. Ainsi, le chimiste manipule la matière primordiale dans sa matérialité physique et, à nouveau, linguistique (désinences). Dernière étape du chapitre : Levi tombe sur un détail dans un cours polycopié. Le zinc réagit différemment aux acides selon son degré de pureté. Et là, Levi opère un glissement du concret à l’abstrait, en faisant l’éloge de l’impureté qui ouvre la voie aux métamorphoses, c’est-à-dire à la vie […] Il faut le désaccord, le différent, le grain de sel et de séné : le fascisme n’en veut pas […] il nous veut tous pareils. Et le droit à la différence s’incarne dans la fin du chapitre (Levi revient à son récit autobiographique) où il évoque son attirance pour la jeune Rita qui, elle aussi, travaille sur le zinc. Le zinc est ainsi une passerelle […] étroite mais praticable entre les deux jeunes gens. Lui est juif, pas elle ; Levi est aussi l’impureté qui fait réagir le zinc. Il s’assimile complètement à cet élément jugé d’abord ennuyeux, mais qui devient, par une transmutation magique (Hermès n’est pas loin), ce qui lui confère son originalité. L’écrivain évoque la publication de La Défense de la Race [journal italien raciste et antisémite publié de 38 à 43, juste après la légalisation des lois raciales contre les Juifs], et souligne sa naissance juive à laquelle il s’éveille. La fin du chapitre dit comment le jeune Levi parvient à raccompagner Rita en lui prenant le bras, il me semblait avoir remporté une bataille, petite mais décisive, contre l’obscurité, le vide, et les années hostiles qui survenaient. Peu à peu, Levi construit donc son propre « système » : antifascisme, judéité et fierté, chimie et Table des Lois, cosmogonie personnelle. Voir La Psychanalyse du feu de Bachelard, complexe d’Empédocle, rêverie amplifiante, « le feu suggère le désir de changer », complexe de Novalis, « besoin de pénétrer, d’aller à l’« intérieur des choses », lien entre microcosme et macrocosme, etc.

214. Achevé lecture de l’article «  Un versant de la guerre d’Algérie : la bataille des frontières (1956-1962) », de Charles-Robert Ageron (1999, Paris-XII, Revue d’histoire moderne et contemporaine). Une analyse précise des affrontements de cette guerre des frontières entre Algérie, Maroc et Tunisie, « pour empêcher l’entrée en Algérie par voie de terre des soldats […] et armes et munitions destinées à l’A.L.N ». Mon père était à la frontière algéro-tunisienne, en poste dans un fortin pour garder la frontière. C’est en tout cas le souvenir que j’en ai. Il me semble vrai. A vérifier cependant. Enfin des détails concrets, que je ne trouvais pas ailleurs. Je me souviens qu’il racontait combien le passage du barrage était facile aux indépendantistes. Pourtant, les études historiques disent le contraire : ce dispositif s’est révélé d’une efficacité incontestable. Distorsion normale entre le fait vécu localement, que je ne remets pas en cause, et la vision d’ensemble franco-algérienne des études historiques. Souvenir raconté : les fellagas faisaient disjoncter les barbelés électrifiés au moyen de chaînes métalliques. Passaient-ils ? Je ne sais plus.

215. Relancé le Bureau des matricules de Toulon pour pouvoir décoder les acronymes de la fiche qu’ils m’ont envoyée.