Comanche, de Caroline Diaz

Le titre : un Indien d’Amérique, loin de moi, un rêve d’enfant. Je découvrirai qu’il s’agit d’un autre Comanche. J’aime ce titre, sa typographie colorée sur la photographie en noir et blanc d’un pilote d’avion, harnaché, se reposant dans l’ombre prodiguée par un énorme moteur à hélice. Le pilote semble considérer ce titre, et, au-dessus, le nom de l’autrice – heureux augure.

Comanche est une enquête, de celles qui occupent pleinement : retrouver un disparu. Enquête d’autant plus ardue que l’absent est mort : écrire, c’est faire pièce à l’oubli et à l’absence. Comanche est le récit d’une hantise (“Tu n’en finis pas de revenir dans le silence obscur.“) de la figure paternelle ; au terme du récit, la hantise est domestiquée, car c’est bien ce père qui revient à la maison, qui retrouve sa place.

Il faut lever bien des obstacles pour entreprendre un tel récit. C. Diaz a fait le choix de l’intimité, du tu dans ce que l’on lit et écoute comme un dialogue, où le père répond, mais à un autre niveau. Il n’est pas question de fiction non plus, elle serait un voile inutile.

La justesse du ton, la retenue, m’ont séduit. Caroline Diaz invite le lecteur à la suivre ; les chapitres ne sont pas numérotés, on les lit dans leur apparition sur la page blanche, comme un souvenir ressurgi, qui donne chaque fois davantage de consistance à l’évocation. La trame est aérienne, la construction invisible, je voyage de Paris à Alger, de la Corse au Canada, espaces d’ailleurs circonstanciels. Car l’essentiel n’est pas là, bien sûr. Il réside dans la somme des rencontres et retrouvailles, des photographies et bouts de film, des traces manuscrites, ces dentelles fragiles transfigurées par l’écriture, dont Caroline Diaz pare amoureusement le père retrouvé.

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