17 juin 22 | ralingue ! | 14

« DERRIERE LA VOILE » by steve lorillere is licensed under CC BY-NC-SA 2.0.

498. Suite de l’approche 5, « la ralingue, la langue »

Je suis le titre Tchoôl ! et son injonction (« entrer, pénétrer, à l’attaque ») pour lire « ralingue » comme l’impératif de « ralinguer », ou mettre la voile parallèle au vent pour qu’elle n’y donne pas de prise (synonyme de « faseyer ») ; coudre une ralingue au bord de la voile ; dans le picard boulonnais, « être en manque ». Une voile sans vent, en manque d’R (le R du -RE, mais celui du non-retour : « les re du non-retour ralingue répétition comique atroce » , Tchoôl, p. 68), voile qui claque bêtement, perd sa fonction propulsive ; voile inutile, mais qui vient s’ancrer dans le texte comme signifiant du faseyant. Le maritime glisse vers le personnage Avine pour le resignifier. Il faut aller à la pièce 60 de Dâh, qui s’appelle « Ralingue ». Cette pièce s’ajointe aux pages 140 et 141 de Luna Western, pages associant, dans cette dyade horizontale khmer/espagnol, d’un côté តែម្ដង (taemdaang) et de l’autre une déclinaison espagnole de Lamborghini : « Avile / Avine / Ahuire / Avice  » , que je lirais comme les avatars argentins du personnage Avine, contaminé par ce qu’un lecteur français lira de l’espagnol : Avine-vil, Avine-vice, Avine-hure (tête aux traits grossiers, tête de sanglier) et, si le lecteur lit l’espagnol, il lira Avine-« huiré » : « je m’enfuirai ». Cette déclinaison du paradigme « Avine » selon Lamborghini, mais détournée par Macquet, non seulement transforme les vers espagnols argentins en une langue à flexion dont la lettre A est le radical, dont les flexions (« vile, huire, vice ») pointent une signification morale (vilenie, vice, lâcheté de la fuite), mais aussi les condensent, par juxtaposition sur la page de gauche, en une graphie inconnue :  តែម្ដង. Et, revenant à la pièce 60 de Dâh, c’est toute cette charge polysémique que réactive le retour de តែម្ដង, suivi de sa prononciation. Le titre « Ralingue », donc, reçoit des surcroîts de sens, déclenchés par la lettre R et le préfixe moteur -RE :

Je reviendrai plus tard sur chacun des rhizomes ici déployés (car chaque occurrence, contaminée par le R et le -RE, renvoie tant aux pièces de Dâh qu’aux livres précédents). Je me contente ici de pointer la dynamique textuelle et intertextuelle, essentielle chez l’auteur.

A ce déploiement rhizomique horizontal des -RE du personnage Arthur répond un déploiement vertical dans cette page 194 de Dâh :

Au R s’adjoint le -LU, déjà évoqué dans LUNE et MERLU, signifiants de l’assemblage en queue d’aronde. Douze vers de « mise en lumière » des leitmotive LUNE et MERLU, eux-mêmes liés par la syllabe homophone LU ; et (entre autres) les substantifs REIN, UREE, renvoyant aux désordres rénaux de la mère de l’auteur (c’est la pièce 90 de Dâh, « Documents », qui, de 1943 à 2011, retrace un véritable chemin de croix), et à son décès (RUMINE, RUINé, RéEL, RIEN). Ainsi, le titre « Ralingue » peut se lire comme une injonction que l’auteur s’adresse à lui-même : ralinguer, c’est fasier (faséyer), que j’associe à « aphasie ». Etre en manque, selon le picard boulonnais. En manque de la mère, présente aussi dans le signifiant MER des douze vers ; l’enluminure comme métaphore de l’écriture qui dit précisément l’impossible sauvetage par le fils ; la voile qui claque sans propulser le navire, qui fasèye, et l’écriture après elle phasèye.

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